Des aidants prennent la parole pour témoigner de leur situation, et éclairer vos propres questionnements. Parce que nous n’avons jamais autant cheminé que dans l’échange et l’observation des autres, venez profiter de l’effet miroir d’autres parcours.

Entre elles : un mur

12h30 dans le métro, ligne 8. Un jour normal comme tant d’autres à Paris. Dans la rame bondée, le bruit strident des roues couvre leurs voix. Elles sont assises toutes les deux sur les strapontins. Des personnes sont debout, formant comme un cercle de protection autour d’elles. L’une est brune, la quarantaine peut-être. L’autre a les cheveux blancs, dans les 70 ans, les yeux dans le vague. La brune tient sa main dans la sienne. Bribes de leur conversation.

– Tu peux pas me faire, ça maman ! Pas maintenant !

– Je n’y arrive plus, je vais craquer !

La voix de la mère chevrote, murmure presque.

– Mais voyons maman, tu dois aller à ce cours d’aquagym ! Après tout ce que tu as vécu avec papa, il faut te bouger !

– Je n’ai plus la force et…

– Et bien justement, c’est le moment. Car si tu t’écroules, je serais encore obligée d’être là pour toi ! Tu peux pas me faire ça, tu comprends ? J’ai autre chose à faire de ma vie. C’est important que tu ailles à ces cours. Tu peux pas te laisser aller !

La mère desserre sa main  alors que sa fille resserre les siennes sur elle. La mère baisse son regard.

– Mais ton père… Ca a été dur… J’ai besoin de repos. D’être tranquille. J’ai besoin…

– Et bien non ! Ce n’est pas en annulant ton cours d’aquagym que cela ira mieux. Tu t’es occupée de papa le temps qu’il a été malade. C’était super. Mais Papa n’est plus là et il faut maintenant remonter la pente. Il faut passer à autre chose, pour toi, pour nous ! Avec François, nous avons été là aussi pour lui. C’était dur, très dur. J’ai mis par mal de choses de ma vie entre parenthèse pour lui, pour toi. Tu comprends ? J’aurais plus la force de te porter si tu flanches.

La fille part alors dans un long monologue, matraquant sa mère d’arguments. Celle-ci la dévisage longuement. Elle ouvre la bouche, prête à lui répondre puis se rétracte. Elle détourne son attention et regarde ailleurs.

– Maman, dis, faut que t’y ailles à ce cours ! Tu m’entends ?

Silence de la mère. Le bruit des roues emplissent les oreilles, les assourdissent.

Assises côte à côte, il y a comme un mur dressé entre elles, chacune enfoncée dans sa douleur, sa solitude, et peut-être ses souvenirs… avec  cette impossibilité de se comprendre et de se parler vraiment.